Aller au contenu
Le Grand-Pont et le quartier du Flon, à Lausanne

Guide

Vendre son entreprise puis quitter la Suisse : la prévoyance

Vendre son entreprise puis quitter la Suisse oblige à ordonner trois chantiers : la cession, la sortie de la prévoyance et le changement de résidence fiscale. Voici comment les articuler sans mauvaise surprise.

Mis à jour le · Information générale, pas un conseil personnalisé ni une offre de prévoyance.

Demander une comparaison gratuite

Dans cette page
  1. Ordre des opérations : vendre avant ou après le départ
  2. Résidence fiscale et imposition du prix de vente
  3. 3a, LPP et libre passage au moment du départ
  4. Impôt à la source sur les capitaux de prévoyance
  5. Convention de double imposition et retour des impôts
  6. Un scénario complet : de la vente à l'installation
  7. Check-list avant de signer
  8. Questions fréquentes

Vendre son entreprise puis quitter la Suisse : sur le papier, deux décisions. Dans les faits, une seule chaîne d'événements, où chaque maillon change le traitement fiscal du suivant. Le prix de vente tombe-t-il avant ou après que vous avez cessé d'être résident ? Votre 3a est-il retiré depuis la Suisse ou depuis l'étranger ? Votre caisse de pension, si vous en aviez une, libère-t-elle l'avoir avant votre départ ou le garde-t-elle ? Selon l'ordre choisi, le même capital peut être imposé par un autre canton, par un autre pays, ou par les deux.

Cette page suit la logique d'un indépendant, ou d'un dirigeant, qui vend et déménage, et qui vit déjà, ou va vivre, à cheval sur la frontière. Elle explique les règles, les pièges et les questions à poser avant de signer quoi que ce soit. Elle ne remplace ni un fiduciaire, ni un notaire, ni un conseil fiscal : ce site informe, il ne conseille pas.

Ordre des opérations : vendre avant ou après le départ

Il n'existe pas de « bon » ordre universel. Il existe un ordre qui convient à une situation donnée, et trois critères pour le trouver : la nature de ce que vous vendez, l'endroit où vous serez résident fiscal au moment où chaque opération se dénoue, et les délais que fixent les caisses et les administrations.

Ce que « vendre » veut dire

Avant de parler d'ordre, il faut savoir ce qui change de mains. Trois cas reviennent.

  • Vente de titres (vous détenez des actions ou des parts d'une société et vous les cédez). Le prix revient à vous, à titre privé.
  • Vente d'une entreprise individuelle (actifs, clientèle, fonds de commerce). Le traitement fiscal dépend de la manière dont l'opération est qualifiée : réalisation de réserves latentes, liquidation, transfert d'actifs.
  • Cessation sans acquéreur (vous arrêtez et vous liquidez). Ce n'est pas une vente, mais l'enjeu prévoyance est le même.

Le premier réflexe utile est de faire qualifier l'opération par un fiduciaire avant toute négociation de calendrier. C'est cette qualification qui dit si le produit est un gain en capital privé, un revenu d'activité indépendante, ou un mélange des deux. L'ordre « vente puis départ » ou « départ puis vente » n'a pas la même portée dans chaque cas.

Les deux grandes séquences

Vendre d'abord, partir ensuite. Vous êtes résident suisse à la date de la cession. Le canton de domicile est celui qui qualifie l'opération et, le cas échéant, l'impose. Avantage : les règles sont connues, le canton est identifiable, la qualification est faite avec un interlocuteur que vous connaissez. Limite : si une part du produit est imposable, elle l'est en Suisse, avant que vous ne puissiez bénéficier d'un nouveau régime à l'étranger.

Partir d'abord, vendre ensuite. Vous n'êtes plus résident suisse à la date de la vente. Selon le cas, la Suisse n'impose plus le produit, ou seulement la part rattachée à un établissement suisse. En contrepartie, votre nouveau pays de résidence peut, lui, imposer le prix de vente, avec ses propres règles sur les plus-values. Et un départ « de façade » avant une vente déjà conclue en pratique attire l'attention des administrations.

Entre les deux, des formules intermédiaires existent : signature avec paiement échelonné, clause de complément de prix, vente en deux temps. Chacune déplace le moment où l'impôt devient exigible, donc le pays qui l'exige. Ce sont les clauses du contrat de vente, plus que la date du déménagement, qui décident parfois de la fiscalité.

Le fil rouge : la date de bascule de résidence

Tout l'enjeu tient à la date à laquelle vous cessez d'être résident fiscal suisse. Elle ne se confond pas forcément avec la date de la remise des clés ou du déménagement physique. Elle dépend de ce qu'on appelle le domicile fiscal : centre de vos intérêts, logement disponible, famille, présence effective. La page sur le domicile fiscal au départ de Suisse détaille ce point côté retrait de prévoyance ; la logique est la même pour le prix de vente.

Premier conseil d'organisation, sans valeur de recommandation personnelle : écrivez sur une seule feuille les dates de vente, de paiement, de sortie de la caisse, de retrait du 3a, de départ et d'inscription dans le pays d'accueil. Sans cette frise, les contradictions se voient trop tard.

Le schéma suivant montre l'enchaînement type pour un indépendant qui vend, sort de sa prévoyance puis s'installe à l'étranger.

De la vente à la déclaration dans le pays d'accueil1Qualifier la venteTitres, actifs ou liquidation ? Le fiduciaire fixela nature du produit.2Signer la cessionLes clauses de paiement fixent le moment où l'impôtdevient exigible.3Sortir de la caisseAvoir LPP vers une institution de libre passage,selon le pays de destination.4Retirer le 3aMotif de départ définitif de Suisse, avec l'impôt àla source sur le capital.5Annoncer le départDéclaration de départ, avec la demande de taxationordinaire ultérieure si elle s'applique.6Déclarer dans le pays d'accueilPrix de vente, capitaux de prévoyance, comptesétrangers.
De la vente à la déclaration dans le pays d'accueil

Résidence fiscale et imposition du prix de vente

Pourquoi la résidence décide de tout

Un État impose en premier lieu ses résidents, sur l'ensemble de leurs revenus. Il impose les non-résidents seulement sur ce qui se rattache à son territoire : un immeuble, un établissement stable, une activité exercée sur place. Quand vous passez de résident suisse à résident étranger, vous changez de catégorie, et le prix de vente d'une entreprise peut basculer d'un régime à l'autre selon sa date de perception.

Pour un gain en capital réalisé sur la fortune privée, la règle en Suisse est, en principe, celle d'une absence d'imposition du gain sur le patrimoine privé de personnes physiques, alors que beaucoup d'autres pays imposent ces plus-values. C'est précisément ce contraste qui rend la date de départ sensible : une vente conclue alors que vous êtes déjà résident à l'étranger peut être imposée là-bas, selon les règles du pays d'accueil. Cette règle suisse a ses exceptions (courtage de titres à titre professionnel, vente de participations liquidée comme revenu, transposition en cas de vente à sa propre société) et c'est la qualification de l'opération qui tranche, pas l'intuition.

Pour une entreprise individuelle ou une société de personnes, la réalisation des réserves latentes lors de la cession est en général traitée comme un revenu de l'activité indépendante, souvent soumis à un régime d'imposition séparée avantageux. Mais ce régime, le moment où il s'applique et la liquidation de la prévoyance qui l'accompagne, relèvent du droit cantonal. Le canton de domicile à la date de la cession est donc l'interlocuteur à interroger en premier.

Ce que vous vérifiez avec le fiduciaire avant de fixer la date

  • La nature du produit de la vente : gain privé, revenu de l'activité indépendante, ou combinaison.
  • Le canton compétent, qui dépend du domicile à la date où l'impôt devient exigible.
  • Les clauses de paiement : acompte, solde, complément de prix, séquestre. Chacune a sa date fiscale.
  • Le régime du pays d'accueil sur les plus-values et sur les capitaux étrangers. Ici, la convention de double imposition entre en jeu (section suivante).
  • Le sort de la dette éventuelle de l'entreprise, des garanties personnelles et des cautions, qui peuvent retarder le départ effectif.

Le cas du frontalier qui vend

Si vous étiez frontalier, par exemple permis G et salarié de votre propre société, vous n'étiez pas résident suisse. Votre vente ne suit donc pas le schéma « résident qui s'en va », puisque vous êtes déjà non-résident. Le statut de la société, la source des revenus et l'accord applicable à votre canton (accord de 1983 pour Vaud, Valais, Neuchâtel et Jura, régime spécial genevois) décident de l'imposition. Pour un résident français remplissant les conditions de l'accord, l'impôt à la source suisse sur le salaire est écarté ; sinon la convention de 1966 évite la double imposition. Ce raisonnement vaut pour les revenus d'activité, il ne se transpose pas automatiquement au prix d'une cession.

3a, LPP et libre passage au moment du départ

Le prix de vente est la partie visible. La prévoyance accumulée pendant l'activité est l'autre moitié du patrimoine de départ, et elle obéit à des règles qui lui sont propres.

Le pilier 3a

Le départ définitif de Suisse figure parmi les motifs qui permettent un retrait anticipé du pilier 3a, au même titre que l'acquisition d'un logement, l'invalidité complète sans couverture, le rachat dans une institution de prévoyance professionnelle, ou le début ou le changement d'une activité indépendante. Pour un indépendant qui vend et part, le motif utile est le départ définitif ; il se prouve par des pièces (attestation de départ, preuve de la nouvelle résidence) que la fondation ou l'assureur exige avant de verser.

Quelques points concrets :

  • Le capital se retire d'un bloc ou par compte. Si vous avez plusieurs comptes 3a, chacun se retire séparément : c'est la raison pour laquelle la question « combien de comptes ouvrir avant de partir ? » se pose bien avant la vente ; voir les comptes 3a à ouvrir avant le départ.
  • Le motif d'indépendance n'est pas celui du départ. Le versement en espèces pour début ou changement d'activité indépendante n'est possible que dans l'année qui suit l'établissement à son compte ou le changement, et il porte sur la totalité de l'avoir. Quand vous cessez d'être indépendant, ce motif n'est pas celui qu'on invoque : c'est le départ qui compte.
  • La proximité de l'âge de référence change la règle. Dès le premier retrait, même partiel, dans les cinq ans qui précèdent l'âge de référence, le compte ou la police est soldé : la totalité du capital accumulé est imposée et le capital non retiré doit être viré sur un compte librement disponible. Pour un dirigeant qui vend à la fin de sa carrière, cette règle pèse sur l'échelonnement des retraits.
  • Une police 3a n'est pas un compte. Si votre 3a est lié à une assurance, la valeur de rachat, les conditions de résiliation et le sort des garanties (invalidité, décès, libération du paiement des primes) se traitent avec l'assureur. Voyez le 3a assurance au départ de Suisse.

Le retrait du 3a au départ explique la démarche pas à pas ; la page sur les erreurs à éviter recense ce qui coûte le plus souvent cher.

Les plafonds du 3a : un repère pour l'année de la vente

Une année de vente est souvent une année de revenu atypique. Le plafond du 3a, lui, ne dépend pas du prix de cession : il dépend de votre affiliation au 2e pilier et de votre revenu d'activité lucrative. Les repères de l'année servent à savoir jusqu'où vous pouvez encore verser, tant que vous êtes dans une situation qui le permet.

7 258 CHF

Plafond 3a avec 2e pilier, 2026

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

36 288 CHF

Plafond 3a sans 2e pilier, 2026 (montant maximal)

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

7 373 CHF

Plafond 3a avec 2e pilier, 2027

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

36 864 CHF

Plafond 3a sans 2e pilier, 2027 (montant maximal)

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

Les plafonds 3a à avoir en tête

Pour un indépendant sans caisse de pension, le plafond de 36 288 CHF en 2026 est un maximum : il se combine avec une limite de 20 % du revenu de l'activité lucrative, ce qui, l'année d'une cession qui s'accompagne souvent d'une activité réduite, peut ramener le versement possible bien en dessous. Pour le détail, voyez le plafond 3a de l'indépendant frontalier. La date limite d'un dernier versement avant le départ est un autre point à vérifier auprès du prestataire.

La LPP facultative et le libre passage

Un indépendant qui s'était affilié volontairement à une caisse de pension (ou une institution collective) a, à son départ, un avoir de prévoyance professionnelle à placer. Le réflexe courant : transférer l'avoir vers une institution de libre passage, compte ou police, jusqu'à la retraite. Selon le pays où vous vous installez, la part obligatoire de l'avoir peut ou non être versée en espèces. Cette différence entre pays de destination est la plus lourde de conséquences de toute la section : elle décide si vous aurez un capital à retirer, ou un avoir qui reste en Suisse. La page LPP facultative d'indépendant au départ et celle sur le retrait du 3a et de la LPP depuis l'étranger y reviennent en détail.

Trois pièges propres à la vente d'une entreprise :

  1. Le rachat juste avant la vente. Une vente donne parfois l'idée de racheter des années LPP pour réduire l'impôt de l'année. Or les prestations issues d'un rachat ne peuvent pas être versées sous forme de capital avant l'échéance d'un délai de trois ans ; à Genève, le rachat n'est pas déductible si une prestation en capital du 2e pilier est perçue avant un délai de trois ans, jour pour jour, après le rachat. Un rachat suivi d'un départ rapide se heurte à cette règle. À vérifier avec la caisse et le canton avant de payer un franc.
  2. Le versement bloqué. L'institution de libre passage, lorsqu'elle doit verser un capital d'un montant atteignant 1000 francs au moins, doit informer l'office spécialisé en matière de contributions d'entretien impayées et ne peut verser qu'au plus tôt 30 jours après cette notification. Pour la plupart des personnes, cette formalité est invisible ; si vous avez des contributions d'entretien en suspens, elle retarde le versement, donc le calendrier de départ.
  3. Les dettes et poursuites. Un associé ou un créancier qui engage une poursuite peut compliquer la sortie des fonds. Voyez la page poursuites en Suisse et départ à l'étranger.

Impôt à la source sur les capitaux de prévoyance

Le principe

Les bénéficiaires domiciliés à l'étranger de prestations d'institutions suisses de droit privé de prévoyance professionnelle, ou de formes reconnues de prévoyance individuelle liée comme le pilier 3a, doivent l'impôt sur ces prestations. Pour les rentes, le taux est de un pour cent du revenu brut. Pour les prestations en capital, l'impôt est calculé selon une règle spécifique de la loi fédérale (art. 96 de la loi sur l'impôt fédéral direct, qui renvoie à son art. 38 al. 2). Le capital du 3a que vous retirez en partant est donc imposé en Suisse même si vous habitez désormais à l'étranger : c'est l'impôt à la source sur les capitaux de prévoyance.

Qui décide du taux et de la procédure ? Le canton du débiteur, c'est-à-dire de la fondation ou de l'assureur qui verse. Le lecteur trouvera l'explication dans l'impôt à la source sur le capital : le canton du débiteur décide et dans l'impôt à la source sur le capital 3a au départ. Un simulateur illustratif existe aussi : le simulateur d'impôt sur le retrait du 3a, qui donne un ordre de grandeur, jamais un montant garanti.

Les mécanismes concrets

  • Le débiteur retient l'impôt. Celui qui verse la prestation retient l'impôt à l'échéance, remet une attestation du montant retenu et verse périodiquement l'impôt à l'autorité fiscale. Il est responsable du paiement : c'est pourquoi les fondations et assureurs ne versent pas sans les pièces qui établissent votre résidence à l'étranger.
  • L'attestation est précieuse. Gardez l'attestation de retenue : vous en aurez besoin dans le pays d'accueil pour faire valoir l'impôt déjà payé en Suisse.
  • La déclaration genevoise. À Genève, la prestation en capital du 2e ou du 3e pilier A se déclare en joignant une copie du justificatif de retrait à l'Administration fiscale cantonale (Service des impôts spéciaux) et en reportant le montant à la ligne 98.12 de la déclaration d'impôt ; l'impôt est calculé séparément, « au cinquième du taux ordinaire » selon la formulation de la page de l'administration. Cette règle vise les résidents genevois ; si vous êtes déjà parti, c'est la procédure à la source qui s'applique. Vérifiez laquelle avec votre canton, le cas genevois étant le plus fréquent chez les frontaliers.
  • L'exonération de principe pour certaines assurances. Les versements provenant d'assurances de capitaux privées susceptibles de rachat sont exonérés de l'impôt, à l'exception des polices de libre passage, sous réserve de l'imposition des rendements. C'est le cas du pilier 3b, pas du 3a : un 3b ne suit pas la même logique, et la fiscalité dans votre pays d'accueil reste à examiner.

Taxation ordinaire ultérieure : l'autre voie

La taxation ordinaire ultérieure (TOU) permet à certaines personnes imposées à la source de demander une taxation comme les résidents. Elle est ouverte dans trois cas : une part prépondérante des revenus mondiaux (y compris ceux du conjoint) est imposable en Suisse ; la situation est comparable à celle d'un contribuable domicilié en Suisse (quasi-résident) ; la TOU est nécessaire pour faire valoir des déductions prévues par une convention contre les doubles impositions. La demande doit être déposée au plus tard le 31 mars de l'année suivant l'année fiscale concernée.

Pour qui quitte la Suisse, une règle supplémentaire : la demande de TOU doit avoir été présentée au moment du dépôt de la déclaration de départ. Passer à côté de ce moment, c'est perdre l'option. C'est une raison de plus de préparer la déclaration de départ avant la dernière semaine. Le calendrier fiscal du frontalier rappelle les échéances de l'année.

Une autre précision, souvent mal comprise : les personnes imposées à la source sont soumises à une TOU obligatoire si leurs revenus bruts atteignent ou dépassent un certain montant sur l'année fiscale, ou si elles ont des revenus non soumis à l'impôt à la source. Le montant est fixé par le Département fédéral des finances avec les cantons ; la loi ne le chiffre pas. Dans l'année d'une vente d'entreprise, le revenu peut dépasser ce seuil, donc la TOU peut devenir obligatoire plutôt que facultative.

Le tableau suivant récapitule les règles et leur effet dans une opération vente-départ.

Élément Règle à connaître Ce que cela change pour vous
Retrait du 3a Le départ définitif de Suisse est un motif de retrait anticipé Capital libéré avec preuve du départ, imposé à la source
Retrait proche de l'âge de référence Premier retrait dans les cinq ans avant l'âge de référence : le compte est soldé Tout le capital est imposé en une fois
Rachat LPP avant départ Pas de versement en capital avant un délai de trois ans Un rachat tardif peut être inutile, voire non déductible
Rentes versées à l'étranger Impôt de un pour cent du revenu brut Cas des rentes, pas des capitaux
Capitaux versés à l'étranger Impôt selon la règle propre aux prestations en capital Canton du débiteur compétent
TOU au départ Demande présentée au dépôt de la déclaration de départ Option perdue si elle n'est pas faite à ce moment
TOU en règle générale Demande au plus tard le 31 mars de l'année suivante Délai à ne pas manquer
Institution de libre passage Notification à l'office des contributions d'entretien et délai de 30 jours Versement retardé si un montant est dû

Convention de double imposition et retour des impôts

À quoi sert la convention

Une convention contre les doubles impositions répartit le droit d'imposer entre deux États et fixe la manière d'éviter qu'un même revenu soit imposé deux fois. Elle ne supprime pas l'impôt : elle dit qui impose en premier et qui accorde un crédit ou une exonération. Pour un lecteur qui s'installe en France, la convention franco-suisse règle le sort du salaire, des pensions, des capitaux de prévoyance et, selon les cas, des plus-values.

Le point à retenir, pour les capitaux de prévoyance, est double. D'une part, la Suisse retient son impôt à la source au moment du versement. D'autre part, le pays de résidence, selon la convention et ses règles internes, peut soit exonérer le capital, soit l'imposer avec un crédit pour l'impôt suisse déjà payé. Le mécanisme exact dépend de la nature de la prestation (3a, LPP, 3b), du pays, et de la date du versement par rapport à celle de l'installation. D'où l'intérêt de faire coïncider le dernier jour de résidence suisse, le premier jour de résidence étrangère et le jour du retrait. La page retraite en France après la Suisse décrit l'articulation des trois piliers du côté français.

Obtenir, le cas échéant, un remboursement ou un crédit

L'impôt à la source retenu en Suisse n'est pas toujours définitif. Selon les cas, vous pouvez :

  • demander une taxation ordinaire ultérieure, si l'une des trois conditions légales est remplie, dans le délai du 31 mars de l'année suivante, ou au moment de la déclaration de départ si vous quittez la Suisse ;
  • faire valoir l'impôt suisse comme crédit dans le pays d'accueil, au vu de l'attestation de retenue ;
  • faire valoir dans la TOU des déductions prévues par une convention, lorsque vos revenus mondiaux sont majoritairement suisses.

Le contribuable remplit sa déclaration de manière conforme à la vérité et complète, la signe personnellement et la remet avec les annexes prescrites dans le délai imparti. En pratique, cela veut dire : une attestation manquante n'est pas un motif de report, c'est un motif de la réclamer à temps. Si vous êtes déjà installé à l'étranger, la déclaration doit aussi porter sur vos comptes suisses : voyez la page déclaration française, formulaire 3916 et CSG/CRDS.

Destination hors UE

Si vous ne partez pas vers un pays de l'Union européenne ou de l'AELE, la fiscalité des capitaux et la possibilité de retirer la LPP obligatoire changent. La page départ hors UE : 3a, libre passage et impôt détaille ces cas.

Un scénario complet : de la vente à l'installation

Les principes sont plus parlants sur un parcours entier. Ce qui suit est une illustration fictive : ni un conseil, ni une prévision, ni un calcul. Les chiffres que vous y trouverez sont ceux des repères officiels, jamais des montants personnels.

Exemple : Roland, patron d'un bureau d'études à Genève, proche de la retraite, vend son entreprise puis s'installe en Haute-Savoie. Il exploite son bureau en raison individuelle depuis de longues années. Il a un 3a ouvert chez un prestataire bancaire, une police 3a d'assurance plus ancienne, et une caisse de pension facultative. Un repreneur est prêt à acheter. Roland veut déménager côté français pour se rapprocher de sa famille.

Étape 1 : qualifier et fixer le calendrier

Roland demande d'abord à son fiduciaire de qualifier l'opération : vente d'actifs d'une entreprise individuelle, donc réalisation de réserves latentes. Il apprend que le canton de domicile à la date de la cession est compétent, que le traitement fiscal peut être favorable mais qu'il est lié à sa résidence au moment de la réalisation. Il décide de vendre en étant encore résident genevois : c'est la séquence « vendre d'abord, partir ensuite », avec un paiement unique à la signature, pour éviter qu'un complément de prix versé plus tard ne soit rattaché à son nouveau pays.

Étape 2 : régler les engagements

Avant de signer, il fait le tour de ses engagements : bail commercial, contrats clients, salariés, cautions. Il constate qu'une garantie personnelle envers sa banque court encore. Il la fait lever dans l'acte de vente, sans quoi son départ serait théorique.

Étape 3 : sortir de la prévoyance

Roland a deux 3a. Il sait que le départ définitif est un motif de retrait, et que le capital sera imposé à la source. Il décide de retirer les deux avoirs, mais pas à la même date : il demande à chaque prestataire les pièces exigées et les délais de traitement. Pour la police d'assurance, il demande la valeur de rachat et l'effet de la résiliation sur ses garanties. Son âge de référence est proche : il se renseigne sur la règle des cinq ans avant l'âge de référence, qui solde le compte au premier retrait. Il en conclut que l'échelonnement de plusieurs retraits sur plusieurs années, qu'il avait imaginé, ne tient pas ; il organise donc un retrait unique dans l'année du départ. Il garde sous la main l'outil de simulation du capital 3a pour visualiser l'ordre de grandeur, sans le prendre pour une promesse.

Sa caisse de pension facultative libère l'avoir vers une institution de libre passage. Il demande par écrit si la part obligatoire peut être payée en espèces vers la France, ou si elle restera bloquée. La réponse conditionne ce qu'il pourra faire de son capital.

Étape 4 : annoncer le départ et demander la TOU

Roland dépose sa déclaration de départ auprès de son canton. C'est à ce moment, et pas plus tard, qu'il doit avoir demandé la taxation ordinaire ultérieure s'il souhaite y recourir. Il note aussi la date du 31 mars de l'année suivante pour tout ce qui relève d'un exercice déjà écoulé.

Étape 5 : s'installer et déclarer

Une fois en Haute-Savoie, il déclare dans son pays de résidence le prix de vente, selon la qualification retenue, ainsi que les capitaux de prévoyance perçus, avec les attestations de retenue suisses. Il déclare aussi ses comptes suisses. Il ne présume pas du résultat : le mécanisme (exonération ou crédit d'impôt) dépend des règles françaises et de la convention, qu'il fait contrôler par un professionnel établi en France.

Ce que Roland retient

Il n'a pas cherché le « meilleur » ordre ; il a cherché un ordre cohérent : une seule date de bascule, des retraits regroupés, la TOU demandée au bon moment, et des pièces conservées. Sa propre situation (âge, canton, régime matrimonial, pays d'accueil) aurait pu mener à une autre séquence. Pour comparer les options de prévoyance dans votre propre situation, vous pouvez demander une comparaison gratuite.

Check-list avant de signer

Avant la signature de la cession, quelques points se vérifient à l'avance :

  • Faire qualifier l'opération (titres, actifs, liquidation) par un fiduciaire
  • Fixer la date de bascule de résidence et la noter à côté de la date de paiement
  • Lister tous les comptes 3a, polices et avoirs de libre passage, avec leurs prestataires
  • Demander à chaque prestataire les pièces exigées pour un retrait au départ
  • Demander à la caisse de pension si la part obligatoire peut être versée en espèces vers le pays d'accueil
  • Vérifier qu'aucun rachat LPP récent ne bloque un retrait en capital
  • Préparer la déclaration de départ et décider de la demande de TOU à ce moment
  • Conserver les attestations de retenue d'impôt à la source
  • Prévoir la déclaration des comptes suisses dans le pays d'accueil
  • Lever les garanties personnelles et cautions liées à l'entreprise

Le détail du départ lui-même figure dans la check-list de départ de Suisse. Et si votre retraite repose sur plusieurs piliers à la fois, la préparation de la retraite du frontalier indépendant donne une vue d'ensemble.

Questions fréquentes

Vaut-il mieux vendre son entreprise avant ou après avoir quitté la Suisse ?

Il n'y a pas de réponse valable pour tous. Vendre en étant résident suisse place l'opération sous le régime du canton de domicile, que vous connaissez. Vendre après le départ peut déplacer l'imposition vers le pays d'accueil, avec ses règles propres sur les plus-values. Le choix dépend de la nature de ce que vous vendez, de votre canton et de votre futur pays de résidence. Faites qualifier l'opération par un fiduciaire avant de fixer le calendrier.

Le prix de vente est-il imposé en Suisse si je pars à l'étranger ?

Cela dépend de la qualification de l'opération et de la date à laquelle vous êtes encore résident. Un gain sur la fortune privée n'est en principe pas imposé en Suisse, mais d'autres pays l'imposent. La réalisation de réserves latentes d'une entreprise individuelle, elle, est souvent traitée comme un revenu de l'activité indépendante. Le canton de domicile à la date de la cession est l'interlocuteur à interroger.

Puis-je retirer mon 3a parce que je vends mon entreprise ?

Vendre n'est pas en soi un motif de retrait. Le départ définitif de Suisse en est un, comme l'acquisition d'un logement, l'invalidité complète sans couverture, le rachat dans une institution de prévoyance professionnelle, ou le début ou le changement d'activité indépendante. Si vous restez en Suisse après la vente, le 3a reste en principe bloqué jusqu'à l'âge de retrait.

Le capital de mon 3a est-il imposé si j'habite à l'étranger ?

Oui. Les bénéficiaires domiciliés à l'étranger de prestations de formes reconnues de prévoyance individuelle liée doivent l'impôt sur ces prestations. Pour un capital, l'impôt est calculé selon la règle de la loi fédérale propre aux prestations en capital ; il est retenu par le débiteur, c'est-à-dire la fondation ou l'assureur. Le montant dépend du canton du débiteur.

Quelle est la différence entre une rente et un capital pour l'impôt à la source ?

Pour une rente versée à l'étranger, le taux est de un pour cent du revenu brut. Pour un capital, l'impôt suit une règle de calcul distincte, prévue par la loi fédérale pour les prestations en capital. Le premier se paie à chaque versement, le second en une seule fois. Les deux sont ensuite à déclarer dans le pays de résidence.

Qu'est-ce que la taxation ordinaire ultérieure, et à quoi sert-elle ici ?

La TOU permet à une personne imposée à la source de demander à être taxée comme un résident, dans trois cas : une part prépondérante des revenus mondiaux est imposable en Suisse, la situation est comparable à celle d'un résident, ou la TOU est nécessaire pour faire valoir des déductions prévues par une convention. Pour qui quitte la Suisse, elle doit avoir été demandée au moment du dépôt de la déclaration de départ.

Jusqu'à quand puis-je demander la TOU ?

La règle générale fixe la demande au plus tard au 31 mars de l'année suivant l'année fiscale concernée. Les personnes qui quittent la Suisse font exception : elles doivent l'avoir demandée au moment du dépôt de la déclaration de départ. Si vous attendez le 31 mars suivant, il peut être trop tard.

Un rachat dans ma caisse juste avant la vente est-il utile ?

Pas nécessairement. Les prestations issues d'un rachat ne peuvent pas être versées sous forme de capital avant l'échéance d'un délai de trois ans. À Genève, le rachat n'est pas déductible si une prestation en capital du 2e pilier est perçue avant un délai de trois ans, jour pour jour, après le rachat. Un départ rapide après un rachat se heurte donc à cette règle. Vérifiez avec la caisse et votre canton.

Puis-je échelonner mes retraits de 3a sur plusieurs années pour réduire l'impôt ?

Pas toujours. Dès le premier retrait, même partiel, dans les cinq ans qui précèdent l'âge de référence, le compte ou la police est soldé : la totalité du capital accumulé est imposée, et le capital non retiré doit être viré sur un compte librement disponible. Pour un dirigeant proche de la retraite, l'échelonnement est donc souvent limité. Chaque cas se vérifie auprès du prestataire et du canton.

Ma caisse de pension me versera-t-elle mon avoir en espèces si je pars en France ?

Pas forcément. Selon le pays de destination, la part obligatoire de la LPP peut rester bloquée dans une institution de libre passage, tandis que la part surobligatoire peut être traitée différemment. Demandez par écrit à votre caisse ce qui est possible pour votre pays d'accueil, avant la signature de la vente.

Mon conjoint est-il concerné par ces démarches ?

Souvent, oui. La demande de TOU s'étend au conjoint vivant en ménage commun, et les revenus mondiaux du conjoint comptent pour apprécier la part imposable en Suisse. Le sort des avoirs de prévoyance du couple, des bénéficiaires et du régime matrimonial mérite aussi un examen.

Dois-je déclarer mes comptes suisses une fois installé à l'étranger ?

Dans la plupart des pays d'accueil, oui : les comptes ouverts à l'étranger, y compris un compte de libre passage ou un compte 3a non soldé, se déclarent. En France, voyez les règles de la déclaration des comptes étrangers et des revenus de capitaux de prévoyance. Si vous hésitez sur l'ordre de vos démarches, la page sur les erreurs à éviter avec son 3a peut servir de contrôle.

Sources

Vous voulez comparer pour votre situation ?

Décrivez votre situation en deux minutes. Les offres de plus de 35 banques et assurances sont comparées pour vous. Gratuit, sans engagement.

Demander une comparaison gratuite