Dans cette page
- Un indépendant n'est pas un salarié : pas d'impôt à la source
- Le lieu d'imposition du bénéfice selon la convention
- Établissement stable en Suisse ou activité depuis le domicile
- Ce que devient la déduction du 3a dans le pays de résidence
- Éviter la double imposition : méthode et justificatifs
- Calendrier de déclaration dans les deux pays
- Un exemple sans chiffre inventé : Julia et ses deux déclarations
- Les pièges qui coûtent le plus cher
- Que demander, et à qui
- Questions fréquentes
Le salarié frontalier voit son impôt prélevé sur sa fiche de paie. L'indépendant, lui, n'a aucun employeur pour retenir quoi que ce soit : c'est à lui de déclarer son bénéfice, de savoir dans quel pays, de comprendre ce que devient son pilier 3a dans chaque déclaration et de prouver qu'il n'est pas taxé deux fois. Cette page explique, pour l'impôt frontalier indépendant, la logique de la convention franco-suisse, la notion d'établissement stable, la place de la déduction du 3a et la méthode qui évite la double imposition. Elle se limite à la fiscalité : la préparation de la retraite fait l'objet d'une autre page sur la retraite du frontalier indépendant.
Elle informe, elle ne conseille pas. La réponse exacte dépend de votre pays de résidence, de la forme juridique de votre activité, du lieu où vous travaillez réellement, de votre canton et de votre situation familiale. Elle se vérifie auprès des deux administrations fiscales ou avec un professionnel de la fiscalité transfrontalière.
Un indépendant n'est pas un salarié : pas d'impôt à la source
L'impôt à la source vise le revenu d'une activité lucrative dépendante. Les textes fédéraux et cantonaux le disent en termes constants : les travailleurs domiciliés à l'étranger qui exercent une activité dépendante en Suisse sont soumis à l'impôt à la source sur le revenu de cette activité (art. 91 al. 1 de la loi sur l'impôt fédéral direct, LIFD). Pour les frontaliers, la loi précise que l'employeur doit avoir en Suisse son siège, son administration effective ou un établissement stable, et que l'accord fiscal applicable doit accorder ce droit d'imposition à la Suisse (art. 91 al. 2).
Tout repose donc sur la relation de travail. Quelqu'un qui facture ses prestations en son nom, supporte lui-même son risque économique et choisit ses mandats n'est pas dans ce schéma. Son revenu n'est pas retenu à la source et, par conséquent, ne bénéficie pas de la logique « tout est réglé par l'employeur ».
Ce que cela change concrètement
- Aucune retenue automatique : personne ne prélève l'impôt avant que vous ne touchiez votre rémunération.
- Une déclaration à établir : le bénéfice net de l'activité figure dans une déclaration, en Suisse, dans le pays de résidence, ou dans les deux selon les cas.
- Des acomptes à prévoir : l'administration qui vous impose peut demander des versements provisoires. Sans réserve de trésorerie, la facture de régularisation surprend.
- Une comptabilité qui fait foi : le bénéfice déterminant est celui de vos comptes, pas votre chiffre d'affaires. Les charges professionnelles, les amortissements et les cotisations sociales obligatoires entrent dans le calcul selon les règles de chaque pays.
Le piège du statut mal qualifié
Certains « indépendants » travaillent en réalité sous l'autorité d'un client unique, avec ses horaires et ses outils. Selon les cas, les caisses de compensation, l'administration fiscale ou le client lui-même peuvent contester l'indépendance. Si votre activité est requalifiée en emploi salarié, l'impôt à la source s'applique avec effet sur le passé. Si ce risque vous concerne, la page sur le dirigeant de Sàrl salarié et frontalier décrit un autre cas limite, celui du salaire versé par sa propre société.
Quand salariat et indépendance se mélangent
Beaucoup de frontaliers ont un emploi salarié en Suisse et une activité accessoire à leur compte. La partie salariée reste retenue à la source ; la partie indépendante reste hors de la retenue. Les personnes imposées à la source peuvent demander une taxation ordinaire ultérieure (TOU) dans trois cas : une part prépondérante des revenus mondiaux, conjoint compris, est imposable en Suisse ; la situation est comparable à celle d'un résident suisse (le « quasi-résident ») ; ou la TOU est nécessaire pour faire valoir des déductions prévues par une convention contre les doubles impositions (art. 99a al. 1 LIFD). La demande se fait au plus tard le 31 mars de l'année qui suit l'année fiscale. Le mécanisme du quasi-résident et de la TOU fait l'objet d'une page à part.
Le lieu d'imposition du bénéfice selon la convention
Entre la France et la Suisse, la convention de 1966 évite la double imposition. Pour un résident français qui remplit les conditions de l'accord applicable, c'est l'accord qui fixe le sort du salarié frontalier, en particulier celui du 11 avril 1983 pour Genève. Mais ce régime spécifique concerne les salaires. Pour le revenu d'une activité indépendante, on retombe sur la règle générale des conventions fiscales, celle que l'on rencontre dans la plupart des traités fondés sur le modèle de l'OCDE.
La règle de principe
En règle générale, les bénéfices d'une entreprise ne sont imposables que dans l'État où la personne réside, sauf si elle exerce son activité dans l'autre État par l'intermédiaire d'un établissement stable qui s'y trouve. Dans ce cas, l'autre État peut imposer la part du bénéfice qui est attribuable à cet établissement.
Traduit pour un frontalier indépendant :
- Aucune installation fixe en Suisse (vous travaillez depuis chez vous, en France, et vous livrez des clients suisses) : le bénéfice est imposé, en principe, dans votre pays de résidence.
- Une installation fixe en Suisse (bureau, cabinet, atelier, local commercial dont vous disposez de façon durable) : la Suisse peut imposer le bénéfice rattaché à cette installation, et votre pays de résidence imposera aussi, mais en neutralisant la double imposition.
Une précision utile : la nationalité n'entre pas en jeu, pas plus que la devise de facturation ou le pays de domicile de vos clients. Ce qui compte, c'est où vous résidez et où l'activité est réellement exercée.
Des cas particuliers à connaître
Certaines professions suivent des règles spécifiques dans les conventions : artistes et sportifs, professions libérales exercées par une base fixe, administrateurs de sociétés, prestations de conseil sur le territoire de l'autre État. Une formulation ancienne parlait de « base fixe » pour les professions libérales ; les textes récents raisonnent plutôt par établissement stable, mais le résultat pratique reste proche. Si votre métier relève d'une de ces catégories, vérifiez le texte exact de la convention applicable à votre année d'imposition, et non une règle générale lue dans un guide.
Les deux Suisse : cantons et Confédération
L'imposition du bénéfice en Suisse se compose de l'impôt fédéral direct, de l'impôt cantonal et de l'impôt communal. Chaque canton applique ses barèmes, ses règles de déduction et ses échéances. Le canton compétent est celui où se trouve l'établissement stable, ce qui rend le choix du lieu d'installation fiscalement significatif. Pour les revenus des frontaliers salariés, la page sur l'accord de 1983 dans les autres cantons romands donne le contexte, mais elle ne s'applique pas telle quelle à un indépendant.
Établissement stable en Suisse ou activité depuis le domicile
C'est la question qui décide de presque tout. Comme elle porte des conséquences lourdes, mieux vaut la regarder de près.
Ce qui ressemble à un établissement stable
Un établissement stable est une installation fixe d'affaires par laquelle l'activité est exercée en tout ou en partie. Les indices habituels :
- un local que vous louez ou dont vous disposez de façon durable (bureau, cabinet, atelier, boutique) ;
- une présence régulière, et non quelques jours isolés ;
- des moyens sur place : matériel, poste de travail, enseigne ;
- une activité qui dépend de cette installation pour se dérouler.
Un simple espace de coworking occupé occasionnellement ne suffit pas toujours, mais une location durable d'un même poste, avec adresse professionnelle et clients reçus sur place, tire vers l'établissement stable. Aucune règle ne fixe un nombre de jours précis ici : c'est un faisceau d'indices apprécié par l'administration.
Ce qui n'en est pas un
- travailler depuis son domicile à l'étranger pour des clients suisses ;
- des déplacements ponctuels chez un client pour une mission ;
- un simple stock ou une livraison sans présence permanente.
Attention, ces situations peuvent basculer. Un déplacement répété au même endroit, avec un espace réservé, finit par ressembler à une installation. Le même constat vaut pour le télétravail depuis la France quand le client suisse vous met à disposition un bureau.
Le domicile fiscal, deuxième variable
Le pays de résidence se détermine par des critères que la convention hiérarchise : foyer d'habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel. Un frontalier avec famille et logement en France est résident français, quel que soit le lieu de son bureau. À l'inverse, celui qui garde un logement en Suisse et rentre chez lui le week-end peut voir son domicile contesté. Ce thème est traité dans la page sur le frontalier résidant en France.
Le schéma ci-dessous résume le cheminement. Il ne remplace ni la convention ni l'avis d'un professionnel.
Ce que devient la déduction du 3a dans le pays de résidence
Le 3a est le pilier de prévoyance individuelle liée. Pour un indépendant, il peut représenter un levier fiscal, mais c'est précisément là que les frontaliers se trompent le plus souvent : le même versement ne produit pas le même effet selon le pays qui impose le bénéfice.
Les plafonds de l'année
Le plafond dépend de l'affiliation à une caisse de pension (2e pilier, LPP). L'indépendant non affilié peut verser davantage que le salarié affilié, dans la limite d'une part du revenu de son activité.
7 258 CHF
Plafond 3a avec 2e pilier en 2026
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
36 288 CHF
Plafond 3a sans 2e pilier en 2026
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
7 373 CHF
Plafond 3a avec 2e pilier en 2027
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
36 864 CHF
Plafond 3a sans 2e pilier en 2027
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
Le grand plafond est un maximum : le taux de 20 % du revenu de l'activité lucrative s'applique en dessous de ce montant. Genève confirme pour 2026 les mêmes montants, avec cette limite à 20 % du revenu déterminant. Le plafond 3a de l'indépendant frontalier et la page sur le grand 3a détaillent les conditions d'accès.
En Suisse : la déduction dépend de votre statut fiscal
Pour un contribuable domicilié en Suisse, la cotisation 3a est déductible du revenu imposable. Le frontalier qui ne vit pas en Suisse est, lui, dans une autre situation :
- S'il reste imposé en Suisse seulement par une retenue à la source, aucune déduction ultérieure n'est accordée : l'impôt à la source remplace l'impôt fédéral direct sur le revenu de l'activité, sans déduction supplémentaire (art. 99 LIFD, et dispositions cantonales équivalentes).
- S'il obtient une taxation ordinaire ultérieure, il peut faire valoir des déductions, y compris celles que la convention prévoit.
- Si son bénéfice d'indépendant est imposé en Suisse comme revenu d'un établissement stable, la déclaration suit la procédure ordinaire du canton, et la déduction du 3a se discute dans ce cadre. Elle dépend du canton et de la manière dont le revenu non-résident est calculé.
La page sur la déduction du 3a, la TOU et le quasi-résident approfondit le cas du salarié ; celle sur le quasi-résident indépendant traite le cas inverse du vôtre.
Dans le pays de résidence : un 3a n'est pas un produit local
Dans le pays où vous vivez, l'administration regarde le contrat de prévoyance sans y voir automatiquement un équivalent de son propre dispositif. En France, un versement dans un 3a suisse n'ouvre en principe pas la déduction prévue pour les produits français d'épargne retraite, car le 3a n'est pas un plan reconnu par le droit français. En Italie ou en Allemagne, la qualification du 3a et l'éventuelle déduction suivent aussi leur droit interne.
Conséquences pratiques à retenir :
- Ne présumez pas une double déduction : le même versement ne se déduit pas à la fois en Suisse et chez vous, et une déduction n'existe parfois ni d'un côté ni de l'autre.
- Vérifiez avant de verser : la déduction attendue se confirme auprès de l'administration compétente, par écrit si possible.
- Gardez les justificatifs : l'attestation de versement délivrée par l'établissement 3a, avec la date et le montant, sert dans toutes les procédures.
La déclaration du compte suisse en France (formulaire 3916) est détaillée dans la page sur la déclaration française du 3e pilier suisse et celle qui explique comment déclarer son 3a en France.
Un ordre de grandeur, et seulement cela
Pour illustrer ce que fait une déduction 3a pour un résident suisse, voici les résultats du calculateur de l'Administration fédérale des contributions. Les hypothèses sont strictes : personne seule, sans enfant, sans confession, sans fortune, domiciliée au chef-lieu indiqué, avec un revenu imposable de CHF 100 000 en 2026 et un versement 3a de CHF 7 258.
À Genève, l'écart est de CHF 2 298 d'impôt en moins ; à Lausanne de CHF 2 458 ; à Sion de CHF 2 399 ; à Neuchâtel de CHF 2 461 ; à Fribourg de CHF 2 296 ; à Delémont de CHF 2 408. Ce n'est pas une économie personnelle : un indépendant frontalier n'est pas la personne type du calculateur, ne vit pas au chef-lieu et n'est pas imposé de la même manière. L'économie réelle dépend de votre revenu, de votre statut et de la procédure fiscale qui vous est appliquée. Pour tester d'autres paramètres, un calculateur d'économie d'impôt pour frontaliers est à disposition.
Éviter la double imposition : méthode et justificatifs
Le but des conventions est que le même revenu ne supporte pas deux fois l'impôt. Ce résultat s'obtient par une méthode que la convention précise, et que vous devez activer vous-même par la déclaration.
Les deux grandes méthodes
| Méthode | Principe | Effet pour le contribuable |
|---|---|---|
| Exemption | Le pays de résidence exclut de la base imposable le revenu imposé dans l'autre pays | Le revenu étranger n'est pas taxé deux fois, mais peut compter pour fixer le taux applicable aux autres revenus |
| Imputation (crédit d'impôt) | Le pays de résidence calcule son impôt sur le revenu mondial, puis déduit l'impôt payé à l'étranger dans une limite | L'impôt étranger vient en diminution de l'impôt dû chez vous |
Selon l'année et le texte applicable, la convention retient l'une ou l'autre pour une catégorie de revenu. Ne partez jamais du principe qu'une méthode vaut pour tous vos revenus : un salaire, un bénéfice d'indépendant et un capital 3a peuvent suivre des règles différentes.
Les justificatifs à rassembler
- l'avis ou le bordereau suisse (impôt fédéral, cantonal, communal) précisant le revenu retenu ;
- la déclaration suisse avec la ventilation du bénéfice, si un établissement stable existe ;
- les comptes de l'activité (bilan, compte de résultat, annexes) ;
- la preuve de paiement de l'impôt suisse ;
- le contrat de bail ou l'attestation de mise à disposition du local, qui prouve ou écarte l'établissement stable ;
- l'attestation de versement 3a et, si vous en avez un, le relevé du compte déclaré à l'étranger ;
- l'attestation de résidence fiscale que l'administration de votre pays peut délivrer pour faire valoir la convention.
Les erreurs fréquentes
- Déclarer le même bénéfice entier dans les deux pays sans activer la méthode d'élimination : l'impôt est alors payé deux fois, puis il faut réclamer.
- Oublier de déclarer un revenu étranger exonéré : même exonéré, il se déclare, car il peut influer sur le taux.
- Ne pas ventiler les charges : une charge imputée sur l'établissement stable n'est pas déductible deux fois.
- Utiliser un taux de change approximatif : chaque administration a sa règle de conversion en monnaie locale. Prenez celle qu'elle impose pour l'année, et gardez la trace du cours retenu.
- Négliger la procédure amiable : si les deux États aboutissent à des conclusions contradictoires, la convention prévoit une procédure entre autorités compétentes, activable par le contribuable dans un délai fixé par le texte.
Les cotisations sociales : le voisin de l'impôt
Le même revenu d'indépendant est aussi soumis à des cotisations sociales, selon le pays dont le droit social s'applique. Ce thème est distinct de l'impôt et ne se traite pas dans cette page ; mais il influe sur le revenu net imposable, puisque les cotisations obligatoires sont, en principe, déductibles du bénéfice dans les deux pays. Demandez à votre caisse le décompte annuel.
Calendrier de déclaration dans les deux pays
Chaque pays fixe ses échéances : la France les publie chaque année, les cantons suisses suivent leur propre rythme. Retenez le déroulé général, pas des dates précises, sauf celle qui figure dans la loi.
Trois repères qui comptent
- La date du 31 mars concerne les personnes imposées à la source. Elles ont jusqu'au 31 mars de l'année qui suit l'année fiscale pour demander le formulaire de déclaration d'impôt lorsqu'elles disposent de revenus non soumis à l'impôt à la source (art. 89 al. 3 LIFD), et c'est aussi la limite de la demande de TOU pour un non-résident (art. 99a al. 1). Un frontalier salarié avec une activité accessoire d'indépendant est typiquement concerné.
- Le versement 3a doit être inscrit auprès du prestataire avant la fin de l'année pour compter pour cette année. Prévoyez la marge nécessaire, car un virement a besoin de temps pour être crédité. Un rappel est dans la page sur la date limite de versement.
- Les échéances nationales changent d'une année à l'autre : consultez les calendriers officiels au moment de déclarer, plutôt que de vous fier à une date retenue de mémoire. La page calendrier fiscal du frontalier rassemble les repères généraux.
Une organisation simple
Pour ne pas courir après les pièces, un dossier unique par année fiscale suffit : un sous-dossier « Suisse » (avis, déclaration, preuves de paiement), un sous-dossier « Pays de résidence » (déclaration, attestations), un sous-dossier « 3a » (attestation de versement, contrat, relevé). Rangez les documents dès leur réception, au lieu de les chercher au dernier moment.
- Rassembler les comptes de l'exercice clos
- Récupérer l'attestation de versement 3a
- Vérifier l'existence ou non d'un établissement stable
- Noter la date limite de chaque pays pour l'année
- Préparer la mention du compte suisse dans la déclaration du pays de résidence
- Conserver la preuve de paiement de chaque impôt
Un exemple sans chiffre inventé : Julia et ses deux déclarations
Exemple : Julia, 37 ans, traductrice, habite à Annemasse. Elle loue un bureau à Genève de façon durable, y reçoit des clients et y garde ses dossiers. Elle a un bénéfice net moyen, sans lien avec les montants du calculateur plus haut. Ses clients sont en Suisse et en France. Elle n'est pas affiliée à une caisse de pension, et envisage un versement 3a.
Voyons ses deux déclarations sous un angle qualitatif.
| Critère | Déclaration suisse | Déclaration dans le pays de résidence |
|---|---|---|
| Revenu visé | Bénéfice attribuable au bureau genevois | Revenu mondial, bénéfice suisse compris |
| Raison | Établissement stable à Genève | Résidence en France |
| Impôt à la source | Aucun, Julia n'est pas salariée | Aucun non plus |
| Versement 3a | Déduction à examiner selon la procédure et le canton | Pas de déduction « épargne retraite » en principe |
| Double imposition | Impôt suisse payé sur la part du bénéfice | Neutralisation par exemption ou crédit selon la convention |
| Pièces clés | Comptes ventilés, bail, attestation 3a | Avis suisse, preuve de paiement, formulaire de compte étranger |
Ce que Julia doit trancher
- Ventiler : quelle part du travail se fait au bureau genevois, quelle part depuis son domicile ? Une clé de répartition cohérente, appliquée chaque année, rassure les deux administrations.
- Choisir la forme du 3a : la forme du produit change ce qu'elle pourra retirer et dans quel pays elle sera taxée. Le comparatif des offres de 3e pilier aide à structurer la comparaison.
- Anticiper la sortie : un capital 3a retiré par un non-résident subit un impôt spécifique (art. 96 LIFD pour les prestations de prévoyance à destinataire domicilié à l'étranger, sur le mode de calcul de l'art. 38 al. 2 pour le capital). Ce n'est pas la même logique que la déclaration annuelle, mais elle conditionne l'intérêt du versement initial.
Les taux dépendent du canton, de l'année et du revenu. Julia ne peut pas en tirer de conclusion chiffrée sans la simulation de ses deux administrations. Ce qui lui est utile, c'est de comprendre la structure : chaque impôt a un champ, une base et une méthode d'élimination.
Les pièges qui coûtent le plus cher
- Croire qu'une facture à un client suisse suffit à rendre l'activité « suisse ». La seule présence de clients suisses n'attribue pas la compétence fiscale à la Suisse.
- Oublier que l'établissement stable peut naître sans l'avoir cherché. Une location durable de bureau ou un atelier suffit.
- Mélanger comptabilité privée et professionnelle. Un compte unique pour tout rend la ventilation très difficile.
- Ignorer les retenues sur un revenu salarié accessoire. Une activité salariée annexe suit sa propre logique, y compris pour les déductions, comme le rappellent les règles de TOU.
- Confondre 3a et 3b. Le pilier 3b ne se déduit pas de la même manière ; la fiscalité du 3b pour un frontalier est un autre sujet.
- Négliger la situation du conjoint. Quand les deux époux vivant en ménage commun exercent une activité lucrative, la retenue à la source du salarié est calculée sur leurs revenus cumulés, et la présence d'un conjoint de nationalité suisse ou titulaire d'un permis d'établissement peut supprimer l'imposition à la source (art. 32 al. 2 de la loi cantonale type). Cela change l'analyse du foyer entier.
Que demander, et à qui
Avant de verser ou de déclarer, une liste de questions aide à cadrer la démarche. Elle sert tant auprès d'une administration que d'un professionnel ou d'un prestataire de 3a.
- À l'administration fiscale suisse : mon activité constitue-t-elle un établissement stable dans votre canton ? Quelle procédure de déclaration s'applique ? La déduction du 3a est-elle admise pour mon cas ?
- À l'administration de mon pays de résidence : comment traiter le bénéfice imposé en Suisse ? Quelle méthode, exemption ou crédit ? Quel formulaire pour le compte étranger ?
- Au prestataire 3a : fournissez-vous une attestation de versement avec la date et le montant ? Comment le contrat traite-t-il un client qui réside à l'étranger ? Que se passe-t-il à mon départ ou à mon retrait ?
- À ma caisse de compensation : quelles cotisations sociales s'appliquent à mon revenu et dans quel pays ?
Ces réponses se confrontent. Si vous souhaitez ensuite comparer plusieurs offres de 3a en connaissance de ces contraintes, la page Demander une comparaison gratuite présente la démarche, et la page Comment ça marche précise qui traite la demande.
Questions fréquentes
Un frontalier indépendant paie-t-il l'impôt à la source en Suisse ?
Non, en principe. L'impôt à la source frappe le revenu d'une activité lucrative dépendante : il est prélevé par l'employeur. Un indépendant n'a pas d'employeur, donc pas de retenue. Son bénéfice se déclare et s'impose selon la convention. Si une activité salariée coexiste avec l'activité indépendante, la partie salariée reste retenue à la source.
Où mon bénéfice est-il imposé si je travaille depuis chez moi ?
En règle générale, dans votre pays de résidence, puisqu'aucune installation fixe n'existe en Suisse. Les clients suisses n'y changent rien. Le résultat peut toutefois évoluer si un client vous met un bureau à disposition de façon durable ou si vous louez un espace permanent.
Qu'est-ce qu'un établissement stable, en pratique ?
C'est une installation fixe d'affaires dans un État, par laquelle l'activité s'exerce en tout ou en partie : bureau, cabinet, atelier, local de vente. Ce n'est pas une question de nombre de contrats mais de présence stable. L'administration apprécie l'ensemble des indices, sans seuil mécanique.
Mon versement 3a est-il déductible dans mon pays de résidence ?
Cela dépend du droit de ce pays. En France, le 3a suisse n'est en principe pas rattaché aux produits français d'épargne retraite qui ouvrent une déduction, et il ne faut pas compter sur une déduction automatique. En Allemagne et en Italie, le droit interne tranche de manière autonome. Vérifiez par écrit avant de verser, et lisez la page consacrée à la déclaration du 3a en France.
Puis-je déduire mon 3a en Suisse si je vis à l'étranger ?
Seulement dans certains cas. Si vous restez imposé à la seule source, aucune déduction ultérieure n'est accordée. Avec une taxation ordinaire ultérieure, des déductions peuvent être admises, selon les trois cas prévus par la loi. Si votre bénéfice est imposé par procédure ordinaire comme revenu d'un établissement stable, la déduction se discute avec le canton.
Quel est le plafond 3a d'un indépendant frontalier ?
En 2026, le plafond avec 2e pilier est de CHF 7 258, et de CHF 36 288 sans 2e pilier, dans la limite de 20 % du revenu de l'activité lucrative. En 2027, ces montants passent à CHF 7 373 et CHF 36 864. Le droit de verser dépend aussi de votre statut d'assuré et de la source de votre revenu : consultez la page sur le plafond de l'indépendant frontalier.
Comment la double imposition est-elle évitée ?
Par la méthode que prévoit la convention : exemption du revenu imposé à l'étranger, avec éventuellement prise en compte pour le taux, ou imputation de l'impôt étranger sur l'impôt local. Elle s'obtient par une déclaration complète des revenus de source étrangère, accompagnée des pièces qui prouvent l'impôt payé de l'autre côté.
Faut-il déclarer un compte 3a suisse dans mon pays de résidence ?
En général oui, au titre des comptes détenus à l'étranger. En France, il s'agit du formulaire de déclaration de compte, expliqué dans la page 3e pilier suisse : déclaration française, 3916 et CSG/CRDS. L'omission peut entraîner des amendes ; la déclaration est une formalité, mais elle est obligatoire.
Que se passe-t-il si mon statut d'indépendant est requalifié en salarié ?
L'impôt à la source s'applique rétroactivement aux sommes versées, et les cotisations sociales sont recalculées. Le risque tient aux indices d'une subordination : client unique, horaires imposés, matériel fourni, absence de risque économique. Si votre activité y ressemble, faites-la examiner avant de verser et de déclarer.
Puis-je demander une taxation ordinaire ultérieure si je suis aussi salarié en Suisse ?
Oui, si l'une des trois conditions de la loi est remplie : part prépondérante des revenus mondiaux imposable en Suisse, situation comparable à celle d'un résident, ou nécessité de faire valoir des déductions prévues par une convention. La demande doit être formulée au plus tard le 31 mars de l'année suivant l'année fiscale concernée.
Quand mon pilier 3a sera-t-il imposé, et par qui ?
Au moment du retrait, selon le lieu de résidence de la personne et le mode de versement. Un bénéficiaire domicilié à l'étranger doit l'impôt sur ces prestations de prévoyance ; pour une rente, le taux est de un pour cent du revenu brut, et pour un capital le calcul suit une règle spéciale de la loi (art. 96 LIFD). Les pièges fiscaux du 3a pour frontaliers détaillent ces points.
Sources
- Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD) : non-résidents, frontaliers et prestations de prévoyance — Fedlex
- LIFD : taxation ordinaire ultérieure sur demande (art. 99a) — Fedlex
- LIFD : impôt à la source des résidents en Suisse (art. 89) — Fedlex
- LIFD : prestations de prévoyance perçues à l'étranger (art. 96) — Fedlex
- Impôt à la source : non-résidents (loi sur l'harmonisation, art. 35 et 35a) — Fedlex
- Impôt à la source : résidents sans permis d'établissement (art. 32) — Fedlex
- Imposition à la source et taxation ordinaire ultérieure (TOU) — Administration fédérale des contributions
- Frontaliers : Genève et accord franco-suisse du 11 avril 1983 — Canton de Neuchâtel
- Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral) — admin.ch
- Genève (GE) : montants LPP et 3e pilier A — République et canton de Genève
- Calculateur fiscal de l'AFC — Administration fédérale des contributions
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